Disparitions féminines : la nécessité d’agir rapidement

19 octobre 2020

D’abord relayée sur le réseau social Instagram, la disparition inquiétante de Victorine a par la suite enflammé la toile, notamment sur Twitter avec le hashtag #Victorine. C’est sa soeur ainée qui avait lancé l’alerte « publique » sur les réseaux sociaux concernant sa disparition. La jeune femme de dix-huit ans avait disparu à Villefontaine, une commune située en Isère. Ce n’est que quelques jours plus tard que son corps a été retrouvé sans vie dans un ruisseau. L’autopsie a finalement révélé un décès par noyade avec « l’intervention d’un tiers ». Alors que le coupable n’avait toujours pas été appréhendé, une vague de soutien à la famille de la victime avait pu être observée sur les réseaux sociaux. Ce n’est que quelques semaines après la découverte du corps qu’un homme âgé d’une vingtaine d’années a été interpellé à Villefontaine. Placé en garde à vue, il serait passé aux aveux et aurait affirmé avoir « participé » au meurtre de la jeune étudiante. La suite de l’enquête nous en apprendra d’avantage sur le suspect au profil pour le moins inhabituel.

 

Donner l’alerte sur les réseaux sociaux

 

Si beaucoup d’internautes se questionnent quant au nombre croissant de disparitions de femmes ces derniers temps, ce phénomène n’est pourtant pas récent. Les réseaux sociaux, gratuits pour la majorité, facilitent la circulation rapide d’informations en permanence, à toute heure de la journée et de la nuit. Cela permet à leurs utilisateurs de suivre les nouvelles en temps réel et de réagir activement, ce qui n’était encore pas possible il y a quelques années. Par ailleurs, si beaucoup se disent favorables à ces nouvelles plateformes comme moyens de communication et d’information, certains réfractaires pensent tout de même que ces dernières « concurrencent les médias d’informations traditionnels » et se disent vigilants quant aux « fake news » qui se répandent six fois plus vite que les vraies informations.

 

En parallèle d’un signalement de disparition aux autorités compétentes et de l’ouverture d’une enquête pénale, les proches d’un disparu lancent généralement un avis de recherche (ou un appel à témoin) sur les réseaux sociaux. Cette pratique courante a pour but de toucher un plus large public, d’informer un maximum d’utilisateurs quant à la description physique de la portée disparue, dans un seul et unique but : obtenir des réponses rapidement.

 

Les réseaux sociaux forment ainsi une structure massive d’entraide, de solidarité et de mobilisation. Chaque élément a son importance et peut faire avancer l’enquête. Les messages, les informations, les signalements ou encore les indices se multiplient, deviennent viraux et entraînent une visibilité plus que nécessaire pour l’affaire. Quand bien même certaines disparitions finissent par être élucidées et la disparue retrouvée saine et sauve, ce n’est pas toujours le cas, malgré la médiatisation de certaines affaires.

 

L’affaire Sophie Le Tan avait défrayé la chronique en 2018. La jeune femme de vingt ans avait disparu en septembre de la même année à Schiltigheim, une commune du Bas-Rhin alors qu’elle s’apprêtait à visiter un appartement. Un appel à témoin avait été lancé sur les réseaux sociaux avec le hashtag #SophieLeTan. C’est le commentaire d’une jeune femme ayant eu affaire à l’annonce immobilière frauduleuse (sur la plateforme Leboncoin) du meurtrier de Sophie qui avait attiré l’attention des proches de la disparue. Son témoignage s’est révélé être un élément clé de l’enquête. L’assassin n’en était pas à son coup d’essai. Si son bourreau, au départ suspecté, avait été mis en examen pour enlèvement, séquestration et assassinat dès septembre 2018, ce n’est que plus d’un an après sa disparition que le corps de Sophie Le Tan a été retrouvé en forêt de Grendelbruch, non loin du lieu ou elle avait été aperçue pour la dernière fois. Le prévenu est d’ailleurs actuellement placé en détention provisoire et incarcéré à la maison d’arrêt de Strasbourg dans l’attente de son procès.

 

Disparitions féminines: un phénomène peu isolé

 

La disparition se distingue de la fugue et de l’absence. C’est l’article 88 alinéa 1er du Code civil qui la définit comme étant le « fait pour une personne dont le corps n’a pu être retrouvé, d’avoir disparu dans des circonstances de nature à mettre sa vie en danger, qui justifie une déclaration judiciaire de décès ». La disparition comprend les cas dans lesquels tout laisse à penser que la personne est décédée mais aussi les cas pour lesquels il n’y a aucune présomption de décès. Si près de 40 000 personnes disparaissent chaque année en France, ce ne sont pas moins de 10 000 disparitions non élucidées qui sont classées comme étant « inquiétantes ». Il n’y a pas de critère précis permettant de juger une disparition « inquiétante », si ce n’est lorsque la personne disparue est vulnérable, malade, mineure ou qu’elle a cessé de donner signe de vie à ses proches alors qu’ils attendaient des nouvelles de sa part.

 

La disparition inquiétante de la jeune Wissem en juillet 2019, seize ans au moment des faits, n’a toujours pas été élucidée plus d’un an après. Aucune piste n’a permis de faire la lumière sur cette affaire malgré les recherches incessantes et les appels à témoin massivement relayés à travers la France et sur les réseaux sociaux avec le hashtag #ouestwissem. Le portable de la mineure avait borné pour la dernière fois à Bezons dans le Val-d’Oise et depuis, plus aucun signe de l’adolescente. Cette affaire n’est pas anodine lorsque l’on sait qu’un mineur disparait toutes les 10 minutes en France.

Dans la rubrique faits divers criminels, la disparition de la petite Estelle Mouzin en janvier 2003 avait boulversé bon nombre de français. Dix-sept ans plus tard, les éléments de l’enquête semblent indiquer que Michel Fourniret, tueur en série français tristement célèbre, serait à l’origine de la disparition de la fillette. La nouvelle s’étant répandue comme une trainée de poudre, l’homme qualifié d’« ogre des Ardennes » passera-t-il aux aveux ?

 

Au Pérou, c’est l’augmentation des disparitions féminines qui inquiète. En effet, on recense près d’un millier de femmes disparues à travers le pays depuis le début du confinement en mars dernier, dont 70% seraient mineures. A l’adjointe du Défenseur du peuple pour les droits de la femme de déclarer que « Derrière une disparition, il y a un acte de violence préalable. Il peut y avoir un féminicide ou d’autres crimes, comme la traite, l’exploitation sexuelle, le viol. »

 

Protection des femmes: témoin ou victime, parlez-en !

 

Dans un contexte de crise sanitaire mondiale, la pandémie de Covid-19 n’a pas amélioré la situation des femmes. Une hausse accrue des cas de violences domestiques à l’encontre de ces dernières a pu être observée à travers le monde. Si vous êtes témoin ou victime de violences (à caractère sexuel, physique, psychologique, au travail…) faites aux femmes, plusieurs options s’offrent à vous. Il existe de nombreuses associations protectrices des femmes à travers la France qui accueillent les victimes de violences et mettent en place des plans d’accompagnement et d’hébergement, si nécessaire. Parmi elles, Fondation des femmes, le CNDF (Collectif national des droits des femmes), la FNSF (Fédération Nationale Solidarité Femmes), Ni Putes ni Soumises, et encore bien d’autres, spécifiques et propres à certains domaines. Il vous est possible de les contacter par téléphone, mail ou bien de vous rendre directement sur place. Si vous êtes victime de violences et souhaitez rester anonyme, contactez le 39 19, numéro d’écoute national gratuit.

 

Récemment, la ministre et militante féministe Marlène Schiappa a proposé la mise en place du « Plan Angela » qui a vu le jour en mai 2020. Ce dernier a pour objectif de lutter contre le harcèlement de rue et garantit la sécurité des femmes dans l’espace public. Ainsi, il vous suffira de demander « Angela » dans un bar partenaire du réseau de lieux sûrs et vous serez mise en sécurité.

 

Aujourd’hui, il semble plus que nécessaire d’agir rapidement lorsqu’une disparition ou une agression est signalée. Rappelez-vous que « la seule chose à briser, c’est le silence ».

 

Andréa CARDOSO

 

 

Sources

https://www.cision.fr/ressources/articles/reseaux-sociaux-amis-ou-ennemis-des-medias-dinformations/

https://www.ouest-france.fr/societe/justice/affaire-sophie-le-tan/affaire-sophie-le-tan-le-meurtrier-presume-reclame-une-contre-expertise-6962018

https://www.arpd.fr/actualite-6364-wissem-abdelaoui-17-ans-disparue-secteur-villabe-91.html?version=computer

https://www.116000enfantsdisparus.fr/avis-de-recherche.html

https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/conseils-aux-voyageurs/informations-pratiques/assistance-aux-francais/disparitions-inquietantes/

https://www.lemonde.fr/big-browser/article/2020/07/28/pendant-le-confinement-au-perou-toutes-les-trois-heures-une-femme-disparaissait_6047532_4832693.html

Derrière nos écrans de fumée, Netflix

Petit illustré de la justice pénale ordinaire de Gérard BERTHELOT et Pascal ROUILLER, éditions Joe.

La seule chose à briser, c’est le silence de Nadia Hathroubi-Safsaf