L'APPLICATION "STOPCOVID", PROTECTRICE OU DESTRUCTRICE ?

23 avril 2020

Alors que les pays du monde traversent une crise sanitaire sans précédent liée au COVID-19, beaucoup réfléchissent à la mise en place d’une application pour lutter contre ce virus. En France, cette application se dénommerait “StopCovid”. Elle permettrait d’établir une liste de tous les smartphones détectés par Bluetooth. Cependant, dans un souci de protection de la vie privée des utilisateurs, elle ne contiendra aucun nom mais des identifiants numériques aléatoires conservés pendant 14 jours. Le principe est simple : tout utilisateur infecté pourra le signaler à l’application. Ainsi, chaque personne que cet utilisateur aura croisé, disposant de cette application, sera informée qu’elle a côtoyé une personne infectée du COVID-19.

 

Les réfractaires brandissent l’argument de la protection des données personnelles et du consentement des individus. Après tout, il est légitime de se demander si cette application est réellement utile ; si elle vaut la peine d’être téléchargée ; si elle protègera réellement nos données personnelles. Cette application de tracking est peut-être, pour certains, le commencement d’une surveillance accrue de la population. Quand la Chine met fin à l’anonymat sur Internet, qu’elle met en place un système de reconnaissance faciale pour identifier les individus et qu’elle crée des drones policiers, la peur des citoyens français est justifiée.

 

Néanmoins, le gouvernement a bien précisé que les utilisateurs de l’application seront anonymes. Si vous téléchargez l’application “StopCovid”, elle ne servira qu’à vous informer que vous avez été proche voire en contact avec une personne infectée. Si tel est le cas, vous devrez être vigilant et rester chez vous dans la mesure du possible. Aucun nom, prénom ni même âge ne sera communiqué sur la personne infectée. De même, si vous êtes testé positif au COVID-19, vous devrez en informer les utilisateurs de l’application, qui prendront les précautions nécessaires. Ici encore, votre nom, votre adresse, votre numéro de téléphone seront protégés.

 

L’argument du consentement peut être détruit aisément. En téléchargeant cette application, vous devrez consentir à plusieurs choses. Par exemple, vous serez très certainement dans l’obligation de l’autoriser à utiliser votre position. Cependant, en ne téléchargeant pas l’application, vous ne donnerez pas votre consentement et il sera impossible d’utiliser vos données. Il est probablement dans votre intérêt de la télécharger. Elle peut être rassurante si vous ne recevez aucune notification vous indiquant que vous avez été en contact de près ou de loin avec une personne testée positif au coronavirus.

 

Il y a cependant un hic. Un nombre important d’utilisateurs est nécessaire pour que les effets attendus de l’application soient visibles. Si une dizaine de personnes par ville la télécharge, il y a peu de chance pour qu’elle soit utile et efficiente. Il faudrait ainsi que le gouvernement nous explique de manière pédagogue l’utilité de cette application, au risque qu’elle soit téléchargée par une minorité. Pour le moment, elle n’est pas censée être obligatoire, auquel cas les enjeux notamment relatifs au consentement seraient différents. L’application fera l’objet d’un débat parlementaire les 28 et 29 avril. À noter que pour l’instant, nos voisins belges ont renoncé à la mise en place de ce type d’application.

 

Affaire à suivre…

 
Samir HADJAL