Le développement durable : une utopie ?

1er mai 2020

Ces derniers mois ont été marqués par une période de confinement dans de nombreux pays afin de prévenir au mieux la propagation du virus. Parallèlement, la nature « reprend ses droits ». À Venise, des poissons et des oiseaux aquatiques ont pu être retrouvés dans les canaux. Des cerfs ont été aperçus dans les rues de la Chine et à Paris, les canards ont pris la place des Hommes.

 

Cette période apparait comme le moment opportun pour s’interroger sur la compatibilité du développement durable avec le comportement humain. Cette notion a pour objectif de concilier la croissance économique et une certaine qualité environnementale et d’équité sociale. L’idée d’un développement durable est née dans les années 1970 mais c’est en 1980 que la commission mondiale sur le développement l’a défini comme étant le « développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ».

 

Cet objectif est bien entendu un projet de long terme, mais où en sommes nous 40 ans plus tard ?

 

L’évolution rapide des sociétés génère un risque croissant pour la planète. Pendant ces 50 dernières années, la planète a été davantage endommagée qu’elle ne l’a pu l’être en 5000 ans. En observant les impacts subis par la planète alors que, la notion de développement durable semble s’être généralisée, il apparaît utopique qu’à ce stade, les activités économiques humaines puissent s’accorder avec la protection de l’environnement.

 

La notion de développement durable n’a jusqu’ici jamais représenté un véritable frein à l’augmentation des activités nuisibles pour la planète, bien au contraire. La principale raison est que les législations censées encourager le développement durable et protéger l’environnement ne prévoient que peu de sanctions. Les mesures mises en places ne sont que peu contraignantes pas du tout de sorte à ce que l’on s’en remet au bon vouloir des États.

 

La question de la criminalité en matière environnementale n’est pourtant pas neuve mais jusqu’ici les règles sont inappliquées, inefficaces ou inexistantes. En 2015, un groupe de seize juristes internationaux présidé par le juriste français Laurent Nyret a formulé 35 propositions regroupées dans un rapport. Ce rapport est destiné à lutter contre les crimes environnementaux communs et extraordinaires (des écocrimes à l’écocide : le droit pénal au secours de l’environnement).

 

Dans la gradation proposée des crimes contre l’environnement, l’écocide est en haut de l’échelle. Cependant la notion d’écocide n’est pas reconnue en droit international car le droit n’admet toujours pas que l’on puisse « tuer » l’environnement. Cette situation rend d’autant plus compliquée la poursuite des criminels en matière environnementale.

 

Récemment, la Commission Européenne a présenté son pacte vert pour l’Europe. Ce projet a pour ambition de rendre l’économie européenne durable, l’objectif principal étant de faire de l’Europe le premier contient climatiquement neutre d’ici 2050. Ce projet englobe tous les domaines de l’économie et est censé garantir une transition juste et inclusive pour tous. La toute première législation pour le climat a été proposée et est censée traduire l’engagement politique dans le domaine climatique, mais là encore aucune sanction n’a pour l’instant été envisagée.

 

Le 14 janvier 2020, la Commission a présenté un plan d’investissement devant permettre de mobiliser 1000 milliards d’euros sur dix ans. Une partie de ce budget sera consacrés à réduire le changement climatique mais ici aussi ce projet s’y prend à contre sens car il ne remet nullement en cause les politiques communes sur l’agriculture qui favorisent les modèles de production actuels.

 

Pour certains, en l’état actuel des choses, le développement durable a grande échelle ne serait atteignable qu’après une longue phase de décroissance afin de pouvoir in fine nous développer durablement. Afin de pouvoir parler de développement durable à grande échelle, le plus dur reste encore à faire….

 
 

Sarafina BERTIN