PLAN DE DÉCONFINEMENT : RETOUR SUR UNE POSSIBLE BOMBE À RETARDEMENT

5 mai 2020

Ce 4 mai, le Sénat a rejeté le plan de déconfinement alors validé il y a quelques jours par l’Assemblée nationale. Ces résultats peuvent également s’expliquer par une majorité de députés LREM (La République en Marche), et une majorité de sénateurs Républicains.

 

 

Les sénateurs ont mis un point d’honneur à ne pas accepter ce plan de déconfinement, jugé trop rapide et trop dangereux pour la population. « Personne ne peut dire si vous aurez la semaine prochaine suffisamment de masques pour protéger tous les français » affirme Bruno Retaillau, sénateur Républicain.

 

Depuis le début, le Covid-19 a dévoilé une large palette de questions sur les plans sanitaire, économique, social et humain. C’est pour cela que le 23 mars dernier, une loi d’urgence pour faire face à l’épidémie a été promulguée. Elle contient une série de mesures exceptionnelles concernant l’état d’urgence sanitaire, le report des municipales ou encore l’habilitation par ordonnances afin de soutenir l’économie.

 

Un projet de loi a d’ailleurs été présenté au Conseil des Ministres le 2 mai (en procédure accélérée), prorogeant l’État d’urgence sanitaire de deux mois. De la quarantaine à la mise en place de fichier pour permettre le traçage des contacts, l’exécutif souhaite renforcer et compléter les dispositions sus-visées. Ce renforcement est lié au plan de déconfinement présenté par Édouard Philipe, le 29 avril. En application de l’article 50-1 de la Constitution, l’exécutif présentait devant l’Assemblée Nationale son plan de déconfinement. La stratégie du gouvernement repose sur trois points : protéger, tester et isoler. Pour l’ensemble de la France, cette stratégie est axée sur la santé, l’école, le travail, les commerces, les transports et les rassemblements.

 

Une année scolaire et universitaire chaotique

 

Grèves, Covid-19, réforme du bac, E3C… les étudiants du primaire et du secondaire ont été gâtés. Tandis que les universités prennent des mesures à l’instar de la neutralisation des examens ou la fermeture de leurs enceintes, les écoles maternelles et primaires devraient rouvrir dans toute la France à partir du 11 mai. De nombreux élus locaux étaient déjà défavorables sur ce point. 329 maires d’Ile-de-France, dont Anne Hidalgo, ont dénoncé une mesure trop risquée et « à marche forcée ». Ces maires refusent d’ouvrir les écoles le 11 mai. La reprise scolaire semble instable, et peu utile au vu du nombre de jours restants avant la fin de l’année scolaire. À quoi bon mettre en place ce dispositif pour seulement quelques semaines…

 

Néanmoins, le gouvernement a précisé que le retour en classe s’effectuerait sur la base du volontariat. Les enfants des personnels soignants, des policiers ou des employés de grande surface, seront certainement de retour à l’école car il est compliqué d’assurer leur garde. Cependant, il est difficile de penser que les enfants respecteront réellement les gestes barrières. Ils n’ont certainement pas conscience des risques encourus. Entre l’éventuel non respect des gestes barrières et le nombre de semaines restantes avant les vacances scolaires, il est normal de douter de la pertinence quant à la réouverture des écoles.

 

Les transports et l’obligation du port de masque

 

Les usagers des transports en commun devront obligatoirement porter un masque et respecter la mise en place des règles de distanciation sous peine d’être sanctionné. La ministre des transports Elizabeth Borne préconise une fermeture de certaines gares parisiennes. Elle craint une saturation de ces gares où le risque épidémique est majeur. Cette obligation de port du masque n’a de sens que si les masques sont distribués gratuitement à la population. À défaut, les français devront libérer une partie de leur pouvoir d’achat. Des inégalités quant au type de masque sera nettement visible. Les foyers modestes achèteront certainement des masques bon marché. Ils seront également plus en clin à les créer eux-mêmes, leur effet ne pouvant être garanti. Il est vrai que des masques en tissu, lavables 5 à 30 fois, sont disponibles. Encore une fois, aucun prix ne devrait, idéalement, être fixé. La santé de tous les citoyens français étant en jeu, la gratuité devrait être évidente. Il s’agit ici de concilier la santé économique du pays avec la santé des citoyens, ce qui n’est pas une mince affaire.

 

Alors, comment le plan de déconfinement peut-il encore être maintenu en l’état malgré toutes les mises en garde ? Edouard Philipe a annoncé qu’il allait falloir « vivre avec le virus » et a souligné « le risque d’une seconde vague ».

 

L’avis du Conseil scientifique : « une situation de contrôle plus qu’une situation d’urgence »

 

Dans sa note du 28 avril 2020, le Conseil scientifique rappelle que la sortie du confinement doit être « progressive et contrôlée » sous peine d’une remontée rapide de cas et d’un retour de formes graves d’hospitalisation. Le Conseil reste donc prudent et attentif à la mise en place du plan de déconfinement. Les mesures de contrôle ne doivent pas être relâchées afin d’éviter une situation incontrôlable. Le Conseil prend exemple sur l’état actuel des pays de l’Asie de l’Est, victime d’une seconde vague après une levée de confinement peut-être précipitée.

 

Mais alors, comment savoir si la France respectera plus la levée de confinement que d’autres populations ? Entre balai du soir et passion soudaine du footing, les Parisiens ne semblent déjà pas respecter les mesures barrières. Malgré une forte envie (plutôt inconsciente) des Français, le déconfinement semble être une bombe à retardement épidémique.

 

Clélia FELICIE

Samir HADJAL

https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/note_etat_durgence_sanitaire.pdf

https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexteArticle.do?idArticle=LEGIARTI000019241064&cidTexte=LEGITEXT000006071194&dateTexte=20090301

https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/04/29/deconfinement-le-compromis-du-gouvernement-entre-l-objectif-presidentiel-fixe-au-11-mai-et-les-avertissements-du-conseil-scientifique_6038073_3244.html

https://www.vie-publique.fr/loi/274230-loi-prolongation-etat-durgence-sanitaire

https://www.europe1.fr/politique/deconfinement-329-maires-dile-de-france-disent-a-macron-leur-refus-de-rouvrir-les-ecoles-le-11-mai-3966154